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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/174

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— Et comment cela ?

— C’est moi qui l’ai séduite, et mise dans l’état où elle se trouve ! Si je ne l’avais pas mise dans cet état, elle n’aurait pas été exposée à l’accusation portée contre elle hier !

— Tout cela ne me dit pas votre motif pour désirer la voir.

— Mon motif, c’est que je veux réparer ma faute et… me marier avec elle ! — déclara Nekhludov.

Et, tandis qu’il prononçait ces mots, des larmes d’attendrissement et d’admiration pour lui-même lui mouillaient les yeux.

— En vérité ! — fit le procureur. — Voilà en effet un cas assez curieux. C’est bien vous, n’est-ce pas, qui avez été membre du Zemstvo de Krasnopersk ? — ajouta-t-il, comme s’il s’était enfin rappelé à quelle occasion il avait entendu parler déjà, précédemment, de ce Nekhludov qui venait de lui faire part d’une résolution aussi imprévue.

— Parfaitement ! Mais, pardonnez-moi, je ne crois pas que cela ait le moindre rapport avec ma demande ! — répliqua Nekhludov d’un ton piqué.

— Non sans doute, — répondit le procureur avec un sourire légèrement ironique ; — mais le projet que vous m’annoncez est si bizarre et si éloigné des formes ordinaires…

— Mais enfin, puis-je obtenir cette autorisation ?

— L’autorisation ? Oui, certainement. Je vais vous la délivrer tout de suite. Prenez la peine de vous asseoir.

Il alla vers son bureau, s’assit et se mit à écrire.

— Asseyez-vous, je vous en prie !

Nekhludov resta debout.

Quand le procureur eut fini d’écrire, il se leva et tendit un papier à Nekhludov en l’observant avec curiosité.

— Il y a encore une chose que je dois vous dire, — reprit celui-ci, — c’est qu’il me sera désormais impossible de prendre part aux délibérations du jury.

— Vous aurez, comme vous savez, à vous en faire dispenser par le tribunal, après lui avoir présenté vos raisons.