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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/165

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— Mais sans doute ! Puisque c’est moi qui suis cause qu’elle a pris ce chemin, c’est à moi de faire tout pour lui porter secours !

— Je reconnais bien là votre bon cœur, Dimitri Ivanovitch ! Mais de votre faute, dans tout cela, il n’en est pas question. La même aventure arrive à tout le monde : et quand une personne a du jugement, tout s’arrange, tout s’oublie, et la vie continue. Croyez-moi, ce serait folie à vous de vous en rendre responsable ! On m’a dit depuis longtemps que cette créature était sortie du droit chemin : c’est elle qui l’aura voulu, allez ! et la faute n’en est qu’à elle !

— Non, non, la faute en est à moi ! Et c’est à moi de la réparer.

— Comment la réparer ?

— Je verrai bien à le faire, cela me regarde. Mais, si vous êtes en peine pour vous-même, Agrippine Petrovna, je m’empresse de vous dire que ce que ma mère a décidé dans son testament…

— Oh ! non, pour moi je ne suis pas en peine ! La défunte m’a tellement comblée de ses bienfaits que je n’ai plus besoin de rien. J’ai une parente qui m’invite à venir auprès d’elle : j’irai, quand je serai tout à fait certaine de ne pouvoir plus vous servir. Mais je dois vous avertir que vous avez tort de vous mettre cette affaire sur le cœur ; il n’y a personne à qui de pareilles choses ne soient arrivées !

— Que voulez-vous ? Je ne pense pas comme vous sur ce sujet-là ! Et je vous prie encore de vouloir bien tout préparer pour mon départ d’ici. Et ne soyez pas fâchée contre moi ! Je vous suis très reconnaissant de tout ce que vous avez fait, Agrippine Petrovna !

Chose surprenante, dès l’instant où Nekhludov avait compris qu’il était lui-même un sot et un misérable, il avait cessé de mépriser et de haïr les autres. Tout au contraire, il éprouvait les sentiments les plus affectueux pour Agrippine Petrovna et pour Korneï, son valet de chambre. Et un désir le prit de s’humilier devant Korneï, comme il venait de le faire devant la gouver-