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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/156

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— Je voudrais bien boire un verre ! — dit-elle à la Korableva, en essuyant ses larmes avec la manche de sa chemise.

Sa grande émotion s’était apaisée : et ce n’est plus que de temps à autre qu’on l’entendait sangloter.

— Tu veux de l’eau-de-vie ? — répondit la Korableva. — Allons ! donne ton argent, tu vas te régaler !


IV


La Maslova prit, dans la poche de son sarrau, le billet que lui avait fait remettre Mme Kitaïev et le tendit à la Korableva. Celle-ci, bien qu’elle ne sût pas lire, reconnut cependant, à l’image, que c’était un billet de deux roubles cinquante ; mais, pour plus de sûreté, elle le montra à la Beauté, qui avait la réputation de tout savoir ; après quoi elle se traîna jusqu’au poêle, ouvrit la bouche de chaleur, et en tira une bouteille qui y était cachée, La Maslova, en attendant l’eau-de-vie, se releva, secoua la poussière de son sarrau et de son fichu, et se mit à manger son pain.

— Je t’avais préparé du thé, mais à présent il est froid, — lui dit Fenitchka.

Et la jeune femme alla prendre, sur une planche clouée au-dessus de son lit, une théière et un gobelet de fer blanc, enroulés dans une paire de bas.

Le thé était entièrement froid, en effet, et avait un goût de fer-blanc plutôt que de thé. Mais la Maslova n’en continua pas moins à le boire, en y trempant son pain.

— Fédia, tiens, c’est pour toi ! — cria-t-elle au petit garçon ; et, cassant le pain en deux, elle lui en donna la moitié.

Pendant ce temps, les femmes dont les lits étaient de l’autre côté de la salle s’étaient éloignées. La Maslova, dès qu’elle eut en main la bouteille, se versa une rasade, la but, puis offrit à boire à la Korableva et à la Beauté,