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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/149

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II


La salle où l’on ramenait la Maslova était une grande pièce de neuf archines de long sur sept de large, avec deux fenêtres ; elle n’était meublée que d’un vieux poêle tout déblanchi et d’une vingtaine de lits de planches mal jointes, qui occupaient les deux tiers de son étendue. Sur le mur, en face de la porte, était fixée une icône noire de crasse, devant laquelle brûlait une bougie, et sous laquelle pendait un vieux bouquet d’immortelles. Derrière la porte, à gauche, se dressait le cuveau à ordures.

On venait de faire l’appel du soir, dans cette salle, et d’enfermer les prisonnières pour la nuit.

La salle était habitée par quinze personnes : douze femmes et trois enfants.

On voyait clair encore : et deux femmes seulement étaient couchées. L’une, qui dormait, la tête couverte de son manteau, était une idiote, incarcérée pour cause de vagabondage : celle-là dormait toute la journée. L’autre, condamnée pour vol, était phtisique. Elle ne dormait pas, mais restait étendue, les yeux grands ouverts, la tête soulevée sur son manteau, qu’elle avait plié en forme d’oreiller. Pour ne pas tousser, elle retenait avec peine, dans sa gorge, un jet de salive qui suintait sur ses lèvres.

Quant aux autres femmes, dont la plupart étaient vêtues seulement de chemises de grosse toile, sept d’entre elles se tenaient debout devant les fenêtres, partagées en deux groupes, et regardaient passer dans la cour le convoi des prisonniers. Devant l’une des fenêtres, dans un groupe de trois femmes, était la vieille qui, le matin, avait parlé à la Maslova par le judas de la porte. On l’appelait la Korableva. C’était une créature de mine renfrognée, avec d’épais sourcils froncés, des replis de peau qui lui pendaient sous le menton, de rares cheveux roux grisonnant sur les