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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/148

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vieux et des jeunes, des Russes et des étrangers. Quelques-uns avaient la moitié de la tête rasée et portaient des fers aux pieds. Et tous, en passant près de la Maslova, l’avaient considérée avec convoitise ; et plusieurs, le visage tout allumé de désir, lui avaient souri, s’étaient approchés d’elle, lui avaient pincé la taille.

— Hé ! hé ! la jolie fille ! Une garce de Moscou, bien sûr ! — avait dit l’un.

— Mademoiselle, tous mes hommages ! — avait dit un autre en clignant des yeux.

Et l’un d’eux, un brun, avec le dessus de la tête rasé et d’énormes moustaches, avait poussé la familiarité jusqu’à l’embrasser.

— Allons ! allons ! pas tant de manières ! — lui avait-il dit quand elle l’avait repoussé.

— Eh bien, cochon, qu’est-ce que tu fais là ? — s’était écrié un gardien, sortant tout à coup du bureau de la prison.

Le forçat aussitôt s’était retiré, tremblant de tous ses membres. Alors le gardien s’était tourné du côté de la Maslova :

— Et toi, qu’est-ce que tu viens faire ici ?

La Maslova avait voulu répondre qu’elle revenait de la cour d’assises ; mais elle était si fatiguée que la force de parler lui avait manqué.

— Elle arrive du tribunal, Monsieur le surveillant, — avait répondu l’un des deux soldats, en portant la main à son bonnet.

— Il faut la conduire au gardien-chef ! allons et plus vite que ça !

Le gardien-chef avait pris livraison de la prisonnière, l’avait secouée par le bras pour la réveiller, et avait daigné la conduire lui-même, à travers les longs corridors, jusqu’à la salle d’où elle était partie le matin.