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Page:Tolstoï - Résurrection, trad. Wyzewa, 1900.djvu/120

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coulaient sur ses joues. Elle passa devant Nekhludov sans le regarder. Et, lui non plus, il ne fit pas un geste pour attirer ses regards. Il la laissa passer devant lui, et, reprenant sa course dans le corridor, il se mit à la recherche du président du tribunal.

Celui-ci, lorsque Nekhludov parvint à le rencontrer, était déjà dans la loge du portier, s’apprêtant à partir. Il endossait un élégant pardessus de demi-saison, et le portier, en face de lui, lui tendait respectueusement sa canne à pommeau d’argent.

— Monsieur le président, — lui dit Nekhludov, — pourrais-je vous entretenir un moment ? C’est au sujet de l’affaire qui vient d’être jugée. Je fais partie du jury.

— Mais comment donc ? Le prince Nekhludov, n’est-ce pas ? Trop heureux de vous retrouver ! — ajouta le président en lui serrant la main.

Il se rappelait, avec une vive satisfaction, le bal où il l’avait rencontré, ce bal où il avait dansé avec plus de charme et d’entrain que tous les jeunes gens.

— En quoi pourrai-je vous servir ?

— Il y a eu un malentendu pour notre réponse concernant la fille Maslov ! Elle est innocente de l’empoisonnement et voilà qu’elle est condamnée aux travaux forcés ! — fit Nekhludov, dont le visage s’était subitement assombri.

— Mais c’est sur vos réponses que nous avons établi l’arrêt ! — dit le président en s’avançant vers la porte, — encore que, nous-mêmes, nous ayons trouvé ces réponses assez incohérentes.

Le président se souvint tout à coup que, dans son résumé, il avait été sur le point d’expliquer aux jurés la façon dont ils devaient formuler leurs réserves, au cas où ils auraient des réserves à faire ; et il se souvint que, pour gagner du temps, il avait renoncé à cette partie de son explication. Mais il n’eut garde d’en rien dire à son interlocuteur.

— Il y a eu une erreur, — poursuivit Nekhludov, — Est-ce qu’on ne pourrait pas réparer cette erreur ?

— Des motifs de cassation peuvent toujours se trouver !