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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/77

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chose. Pendant les interrogatoires chez le juge d’instruction, il ne ressemblait pas non plus aux autres prisonniers. Il écoutait distraitement les questions, et quand il les comprenait, il y répondait avec tant de sincérité que le juge, habitué à lutter contre l’adresse et la ruse des criminels, éprouvait quelque chose de semblable à ce que l’on éprouve quand on lève le pied devant une marche qui n’existe pas.

Stepan racontait tous ses crimes, les sourcils froncés, les yeux fixés sur un seul point, du ton le plus naturel, d’un ton d’affaires, en tâchant de se rappeler tous les détails. « Je suis sorti pieds nus, disait Stepan racontant son premier assassinat ; je me suis arrêté dans l’embrasure de la porte, et alors je l’ai frappé une fois. Il râlait, et aussitôt je me suis mis à frapper la femme, etc. »

Quand le procureur fit le tour des cellules de la prison, et, qu’arrivé à celle de Stepan, il lui demanda s’il n’avait pas à se plaindre de quelque chose et s’il n’avait besoin de rien, Stepan répondit qu’il n’avait besoin de rien et qu’on le traitait bien ici. Après avoir fait quelques pas dans le corridor puant, le procureur s’arrêta et demanda au directeur de la prison, qui l’accompagnait, comment se conduisait ce prisonnier.

— Je ne puis m’étonner assez, répondit le directeur, content que Stepan ait loué la façon dont on le traitait. — C’est le second mois qu’il est ici, et sa conduite est exemplaire. Seulement je crains qu’il ne mijote quelque chose. C’est un homme courageux et d’une force peu commune.