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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/38

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de lait. Il avait aussi une grande basse-cour, avec des poules d’une espèce particulièrement productive. Le verger était très bien tenu. Partout se remarquaient la solidité, la propreté, l’ordre. Piotr Nikolaievitch se réjouissait en regardant sa propriété, et était fier d’avoir obtenu tout cela sans oppresser les paysans, mais, au contraire, en se montrant d’une stricte équité envers la population. Même parmi les gentilshommes, il était tenu plutôt pour libéral que pour conservateur, et prenait la défense du peuple contre les partisans du régime de servage : « Sois bon avec eux, et ils seront bons. » Il est vrai qu’il ne pardonnait pas facilement les manquements des ouvriers ; parfois lui-même les stimulait, était exigeant pour le travail, mais, en revanche, les logements et la nourriture étaient toujours irréprochables, les salaires étaient payés régulièrement, et les jours de fête, il leur distribuait de l’eau-de-vie.

Marchant avec précaution sur la neige fondue – on était en février – Piotr Nikolaievitch se dirigea vers l’isba où logeaient les ouvriers, près de l’écurie. Il faisait encore très noir, surtout à cause du brouillard, mais des fenêtres de l’isba des ouvriers on apercevait la lumière. Les ouvriers étaient levés. Il avait l’intention de les presser un peu ; ils devaient, avec six chevaux, aller chercher du bois dans la forêt.

« Qu’est-ce qu’il y a ? » pensa-t-il en remarquant que la porte de l’écurie était ouverte.

— Holà ! Qui est là ?

Personne ne répondit. Piotr Nikolaievitch entra dans l’écurie. – Holà ! Qui est là ? – Encore point de réponse. Il faisait noir ; sous les pieds, c’était humide, et ça sentait le fumier, et à droite de la