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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/377

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ville et une autre fois chez Doumchine. Il ne pensait plus aux souffrances de la honte et de la lutte, et avait même de la difficulté à se les imaginer. Cela lui semblait une sorte d’accès de folie dont il aurait été atteint. Il se sentait affranchi jusqu’à tel point qu’il ne craignit même pas de se renseigner sur elle à la première occasion, une fois qu’il se trouva seul avec son intendant. Comme il lui en avait déjà parlé, il n’eut pas honte de le questionner.

— Eh bien ! Que fait Petchnikoff, Sidor : il n’est toujours pas à la maison ? demanda-t-il.

— Non ; toujours en ville.

— Et sa femme ?

— Bah ! une propre à rien. Elle fait maintenant la vie avec Zinoveï. Elle est complètement perdue.

— Eh bien ! C’est bon… pensa Eugène. Comme c’est bizarre, maintenant cela m’est tout à fait égal. Comme j’ai changé !


XVIII

Tout ce qu’avait désiré Eugène arrivait : la propriété lui restait ; l’usine allait bien ; la récolte de betteraves était splendide, et l’on pouvait compter sur un bon revenu ; sa femme avait accouché heureusement ; la belle-mère était partie, et il était élu à l’unanimité.

Après l’élection Eugène retourna chez lui. On le félicita. Il tint à remercier et, au dîner, il but cinq coupes de champagne. Une organisation de vie tout à fait nouvelle se présentait à lui.

Il rentrait à la maison en réfléchissant à ses plans.