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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/371

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suivit son chemin avec l’intention de contourner le massif de lilas et d’aller la rejoindre.

— Monsieur ! cria-t-on tout à coup derrière lui, Madame vous demande de venir pour un moment.

C’était Michel, leur domestique.

« Mon Dieu ! Tu me sauves pour la deuxième fois, » pensa Eugène, et aussitôt il retourna à la maison. Lise voulait lui rappeler qu’il avait promis une potion à une femme malade, et elle le priait de la prendre.

Pendant qu’on cherchait et préparait cette potion, une quinzaine de minutes s’écoulèrent ; ensuite, quand il sortit il n’osa pas aller directement à la cabane, dans la crainte d’être aperçu de la maison. Mais, dès qu’il fut hors de vue, il fit un détour et s’y dirigea. Dans son imagination, il la voyait déjà au milieu de la cabane, souriant gaiement. Mais elle n’y était pas, et rien n’indiquait qu’elle y fût venue. Déjà il pensait qu’elle n’était pas venue, qu’elle n’avait pas entendu ou compris ses paroles qu’il avait murmurées entre ses lèvres de peur qu’elle ne les entendît, ou que, peut-être, elle n’avait pas voulu venir. « Et pourquoi se jetterait-elle à mon cou ? pensa-t-il. Elle a son mari. C’est moi seul qui suis misérable à ce point : j’ai une femme, bonne, et je cours après une autre. » Ainsi pensait-il, assis dans la cabane, où, à un endroit, l’eau coulait. Quel bonheur c’eût été si elle était venue ! Seuls, ici, pendant cette pluie. La posséder au moins une fois, et après advienne que pourra ! « Ah ! oui, se souvint-il, si elle est venue, on peut trouver des traces. » Il regarda le sol, à l’endroit d’un petit sentier sans herbes, et il re-