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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/363

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— Pourvu seulement qu’il n’y ait pas de suite, comme l’autre fois.

— Non, ce n’est pas de cela que je voulais parler ; je parlais de maman. Tu es fatigué, repose-toi.

Bien que son fardeau fut lourd, Eugène, avec une fière joie, le porta jusqu’à la maison, sans vouloir le remettre à la femme de chambre et au cuisinier que Varvara Alexievna avait trouvés et envoyés à leur rencontre. Il la porta jusqu’à sa chambre à coucher et la déposa sur son lit.

— Eh bien, va-t-en, dit-elle, et attirant sa main, elle la baisa. Nous nous arrangerons avec Annouchka.

Marie Pavlovna était aussi accourue du pavillon. On déshabilla Lise et on la mit au lit. Eugène était assis au salon, un livre à la main, et attendait. Varvara Alexievna passa devant lui avec un air si morne et si plein de reproches qu’il en fut terrifié.

— Eh bien ! qu’y a-t-il ? demanda-t-il.

— Ce qu’il y a ? Pourquoi le demander ? Ce que probablement vous désiriez quand vous avez forcé votre femme à sauter le fossé.

— Varvara Alexievna ! s’écria-t-il, c’est intolérable ! Si vous voulez tourmenter les gens et empoisonner leur existence… (il allait dire : eh bien ! allez ailleurs ! mais il se retint.) Comment n’avez-vous pas honte d’agir ainsi…

— Maintenant c’est tard ! — et elle franchit la porte, en secouant victorieusement son bonnet.

La chute, en effet, était assez mauvaise ; le pied avait tourné gauchement, et une fausse couche était à craindre. Tous savaient qu’il n’y avait rien à faire, qu’il ne fallait que la laisser reposer