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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/360

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le couvercle sur le samovar, dit Vassili Nikolaievitch en sortant, l’humeur joyeuse.

Eugène crut s’apercevoir que Vassili Nikolaievitch avait bu un peu, mais tant pis ; et puis c’était peut-être mieux ainsi, il envisagerait peut-être avec plus de sympathie sa situation.

— Voilà, Vassili Nikolaievitch… Je voudrais de nouveau vous parler de cette femme…

— Qu’y a-t-il ? J’ai donné l’ordre de ne plus la reprendre.

— Mais non… J’ai pensé, en général… et c’est de quoi j’ai voulu vous parler, et vous demander conseil… Ne pourrait-on pas éloigner toute la famille ?

— Où les éloigner ? demanda Vassili Nikolaievitch, d’un air où Eugène crut remarquer du mécontentement et de l’ironie.

— Mais, j’ai pensé… On pourrait leur donner de l’argent, ou même de la terre à Kholtovskoié… pourvu qu’elle ne soit pas ici…

— Mais comment les éloigner ?… Comment les arracher de leur terre ?… Et qu’est-ce que cela vous fait ? en quoi vous gêne-t-elle ?

— Ah ! Vassili Nikolaievitch ! comprenez donc que ce serait terrible si ma femme apprenait.

— Mais qui le lui dira ?

— Et comment vivre avec cette pensée… Et en général, c’est pénible…

— De quoi vous inquiétez-vous ? Quiconque se rappellera des fautes anciennes aura l’œil crevé, et qui n’a pas péché devant Dieu n’est pas coupable devant le Tzar [1].

— Tout de même, il serait mieux de les éloigner. Ne pourriez-vous pas en causer avec son mari ?

  1. Proverbes russes.