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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/351

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la mère de Lise. Chez moi, il y a toujours des marquises.

— Mais ici, on a déjà l’ombre à dix heures du matin, remarqua Marie Pavlovna.

— C’est pourquoi il y a la fièvre… l’humidité… dit Varvara Alexievna, sans remarquer que c’était tout le contraire de ce qu’elle soutenait auparavant. Mon médecin dit toujours qu’on ne peut jamais définir la maladie sans connaître le tempérament du malade, et il sait bien ce qu’il dit, car il est le premier docteur, et nous le payons cent roubles. Mon mari défunt était contre les médecins, mais, pour moi, il ne regardait jamais à la dépense.

— Mais comment un homme peut-il lésiner quand la vie de sa femme et celle de son enfant en dépendent peut-être ? Oui, quand on en a les moyens, la femme peut être indépendante de son mari.

— Une bonne épouse obéit à son mari, dit Varvara Alexievna ; seulement Lise est encore trop faible après sa maladie.

— Mais non, maman, je me sens très bien. Est-ce qu’on ne vous a pas encore donné de crème cuite ?

— Je n’en ai pas besoin. Je puis me contenter de crème fraîche.

— J’ai demandé à Varvara Alexievna, elle a refusé, dit Marie Pavlovna, comme pour se justifier.

— Mais non, je n’en veux pas.

Et comme pour mettre fin à une conversation désagréable, en cédant magnanimement, Varvara Alexievna s’adressa à Eugène :

— Eh bien ! A-t-on mis les phosphates ?

Lise courut chercher de la crème.