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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/332

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brillants, cette même voix grave, cette même odeur d’une créature fraîche et robuste, cette même forte poitrine qui soulevait la camisole, et tout cela dans le bois de noisetiers et de platanes, inondé de soleil.

Quelque honte qu’il en éprouva, il s’adressa de nouveau à Danilo. Et de nouveau le rendez-vous fut fixé pour midi, dans le bois. Cette fois Eugène l’examina davantage, et tout en elle lui parut attrayant. Il essaya de causer avec elle, lui parla de son mari. Celui-ci était bien en effet le fils de Mikhaïl, et travaillait à Moscou, comme cocher.

— Eh bien… comment se fait-il que toi… Eugène voulait lui demander pourquoi elle le trompait.

— Quoi ? Comment ? fit-elle. Elle était certainement intelligente.

— Oui… Comment se fait-il que tu viennes avec moi ?

— Ah ! fit-elle gaiement, je pense que lui, là-bas, ne s’en prive pas. Alors pourquoi n’en ferais-je pas autant ?

On voyait qu’elle s’efforçait à faire montre d’audace et d’effronterie ; et cela parut charmant à Eugène. Cependant il ne lui fixa point de rendez-vous ; et même quand elle lui proposa de se voir en dehors de Danilo qu’elle paraissait, on ne sait pourquoi, ne point aimer beaucoup, Eugène refusa. Il espérait que ce rendez-vous serait le dernier. Elle lui plaisait. Il croyait qu’une liaison pareille lui était nécessaire et qu’il n’y avait point de mal à cela. Cependant, au fond de son âme, un juge plus sévère désapprouvait cela et il espérait que ce serait la dernière fois. S’il ne l’espérait pas, du moins ne voulait-il pas y