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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/329

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quelconque, qu’un autre, tout à fait à l’improviste, se découvrait.

En même temps, c’était chaque jour la surprise de nouvelles dettes de son père, jusqu’alors inconnues. Évidemment que les derniers temps le père avait emprunté partout où il le pouvait. Au moment du partage de la succession, Eugène avait cru connaître toutes les dettes, mais tout à coup, au milieu de l’été, il fut avisé par lettre qu’il y avait encore une dette de douze mille roubles à la veuve Essipoff. Il n’y avait point de billet à ordre, mais un simple reçu, très contestable au dire de l’avocat. Mais Eugène ne pouvait pas même concevoir l’idée de refuser le paiement d’une dette de son père, simplement parce que le document donnait matière à discussion. Il voulut seulement savoir s’il s’agissait réellement d’une dette.

— Maman, qui est-ce que cette Essipoff, Valérie Vladimirovna Essipoff ? demanda-t-il à sa mère, pendant le dîner.

— Essipoff ? Mais c’est la pupille du grand-père. Pourquoi cette question ?

Eugène raconta à sa mère de quoi il s’agissait.

— Comment n’a-t-elle pas honte ! Ton père lui a donné tant d’argent.

— Mais, ne lui devait-il pas quelque chose ?

— C’est-à-dire… Comment dirai-je… Ce n’est pas une dette… Ton père, dont la bonté était infinie…

— Oui, mais mon père considérait-il cela comme une dette ?

— Je ne saurais te le dire. Je l’ignore. Je sais que tu as déjà assez de peine sans cela.

Eugène voyait que Marie Pavlovna ne savait elle-même que dire.