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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/328

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sombre, un fichu rouge clair sur la tête et les pieds nus, était là et souriait timidement.

— Vous ferez bien de passer par ce petit sentier, lui dit-elle.

Il s’approcha d’elle, et, après avoir jeté autour de lui un regard circulaire, l’étreignit. Un quart d’heure plus tard ils se séparaient. Il retrouva son pince-nez, passa chez Danilo, et, en réponse à la question que lui posa celui-ci : — Eh bien, monsieur, êtes-vous content ? il lui donna un rouble et reprit le chemin de la maison. Il était content. D’abord il n’avait ressenti que de la honte, mais ensuite cela passa et il se sentit très bien. Ce qui était bien c’est que maintenant il se sentait léger, tranquille, courageux. Elle, il ne l’avait même pas très bien vue. Il se rappelait qu’elle était propre, fraîche, pas laide et ne faisait point de manières. « Qui est-elle ? » se demanda-t-il. Elle se nommait Petchnikoff, mais il y avait deux familles de ce nom. « Probablement la bru du vieux Mikhaïl. Oui, sûrement. Son fils travaille à Moscou. Je demanderai cela à Danilo. »

Depuis lors disparut ce désagrément, autrefois important, de la vie à la campagne, la continence involontaire, et Eugène, libéré de cette inquiétude, pouvait, l’esprit libre, s’occuper de ses affaires. Et la tâche qu’avait assumée Eugène n’était point aisée. Parfois il lui semblait qu’il manquerait des forces nécessaires pour la mener à bien, et qu’il serait obligé de vendre le domaine, et que tout son travail serait perdu. Ce qui l’attristait principalement en cette conjoncture, c’était de n’avoir pas pu mener jusqu’au bout la tâche entreprise. C’était ce qui le tourmentait le plus. À peine était-il parvenu à boucher un trou, d’une façon