Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/175

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Michel, mon bon ami, ayez pitié d’elle. — Comme toujours, en parlant à son beau-frère, elle passait du toi au vous. — Malgré tout, c’est une créature humaine.

— Je n’en ai jamais douté, répondit Michel Ivanovitch avec un sourire désagréable.

— C’est votre fille.

— Elle l’était, oui. Mais, ma chère Aline, à quoi bon cette conversation ?

— Michel, mon cher, allez la voir ! Je voulais seulement vous dire que le coupable en tout cela…

Le visage du prince Michel Ivanovitch s’empourpra et devint terrible.

— Au nom de Dieu, n’en parlons plus ! J’ai assez souffert. Maintenant je n’ai plus qu’un seul désir : prendre les dispositions nécessaires pour qu’elle ne soit un fardeau pour personne et puisse arranger sa vie à elle ; nous autres, nous resterons de notre côté, sans la connaître. C’est tout ce que je puis faire.

— Michel, toujours « moi » ! Mais elle aussi a son « moi » !

— C’est indiscutable. Mais, ma chère Aline, je t’en prie, laissons cela. C’est trop pénible pour moi.

Alexandra Dmitriévna se tut et hocha la tête.

— Et Marie ? (la femme de Michel Ivanovitch). Elle est du même avis ?

— Parfaitement.

Alexandra Dmitriévna claqua de la langue.

Brisons là-dessus. Et bonne nuit, dit-il.

Mais Alexandra Dmitriévna ne s’en allait pas. Elle se taisait.

— Pierre m’a dit que vous avez l’intention de laisser l’argent à la femme chez qui elle loge ? Vous connaissez l’adresse ?