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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/123

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à me déshabiller, mais je le renvoyai. La vue de son visage endormi, de ses cheveux embroussaillés, me paraissait pitoyable et attendrissante. M’appliquant à ne pas faire de bruit, sur la pointe des pieds j’entrai dans ma chambre et m assis sur mon lit. Non, j’étais trop heureux, je ne pouvais pas dormir. En outre j’avais chaud dans cette chambre trop chauffée, et, sans ôter mon uniforme, je passai sans bruit dans le vestibule où je mis mon manteau, puis, ouvrant la porte de la rue, je sortis… J’avais quitté le bal après quatre heures du matin ; le temps d’arriver à la maison, d’y rester un peu, deux heures s’étaient écoulées, de sorte que, quand je sortis, il faisait déjà jour. C’était l’époque du Carnaval ; il y avait du brouillard, la neige humide fondait dans les rues et coulait de tous les toits. Les B… habitaient à l’extrémité de la ville, près d’un grand champ au bout duquel se trouvait la promenade publique, et, de l’autre côté, l’institut de jeunes filles. Je traversai notre rue déserte et sortis sur la grande rue, où circulaient déjà des piétons et des charretiers transportant du bois sur des traîneaux. Et les chevaux, qui balançaient régulièrement leurs têtes mouillées sous les arcs brillants ; et les charretiers, le dos couvert de nattes, qui, chaussés d’énormes bottes, marchaient à côté de leurs chevaux ; et les maisons, qui paraissaient très hautes dans le brouillard, tout cela était pour moi plein de charme et d’importance.

En arrivant au champ, près de l’endroit où se trouvait leur maison, j’aperçus à l’autre extrémité, dans la direction de la promenade publique, quelque chose de grand et de noir, et j’entendis les sons d’une flûte et des tambours, qui