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Page:Tolstoï - Le Faux Coupon et autres contes.djvu/101

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« Il faut se repentir devant Dieu », se dit-elle, et, comme on était en carême, elle résolut de faire ses dévotions, de dire tout à son confesseur et de lui demander un conseil sur la façon dont elle devait agir.

Non loin de la ville se trouvait le couvent dans lequel vivait le vieillard connu par la sainteté de sa vie, par ses sermons, ses prédictions, et les guérisons qu’on lui attribuait. Le vieillard avait reçu une lettre d’Eropkine, dans laquelle il le prévenait de la visite de sa fille, de son état d’excitation anormale, et exprimait l’assurance qu’il saurait lui montrer la vraie voie de la bonne vie chrétienne, moyenne, sans détruire les conditions existantes.

Le vieillard, fatigué des réceptions, reçut Lise et se mit à lui prêcher tranquillement la modération, la soumission aux conditions existantes et à ses parents. Lise se taisait, rougissait, se couvrait de sueur, et quand il eut terminé, les larmes aux yeux, elle commença, timidement d’abord, à lui faire observer que Christ a dit : Abandonne ton père, ta mère et suis-moi. Ensuite, s’animant de plus en plus, elle lui expliqua comment elle comprenait Christ. Le vieillard d’abord, avec un léger sourire, objecta par les phrases habituelles, mais ensuite il se tut, se mit à soupirer, répétant sans cesse : « Seigneur Dieu ! »

— Eh bien, viens demain te confesser, dit-il, et, de ses mains ridées, il lui donna sa bénédiction.

Le lendemain elle se confessa, et il la laissa partir sans reprendre la conversation de la veille, mais en refusant de se charger de la distribution de ses biens.

La pureté, le dévouement absolu à la volonté de