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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/98

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médecin ; en rentrant à quatre heures, il aperçut dans l’antichambre un beau laquais galonné, tenant un manteau doublé de fourrure blanche.

« Qui est là ? demanda-t-il.

— La princesse Élisabeth Fédorovna Tverskoï, » répondit le laquais, et Alexis Alexandrovitch crut remarquer qu’il souriait.

Pendant toute cette pénible période, Alexis Alexandrovitch avait noté un intérêt très particulier pour lui et sa femme de la part de leurs relations mondaines, surtout féminines. Il remarquait chez tous cet air joyeux, mal dissimulé dans les yeux de l’avocat, et qu’il retrouvait dans ceux du laquais. Quand on le rencontrait et qu’on lui demandait des nouvelles de sa santé, on le faisait avec une sorte de satisfaction transparente ; ses interlocuteurs lui paraissaient tous ravis, comme s’ils allaient marier quelqu’un.

La présence de la princesse ne pouvait être agréable à Karénine ; il ne l’avait jamais aimée, et elle lui rappelait de fâcheux souvenirs ; aussi passa-t-il directement dans l’appartement des enfants.

Dans la première pièce, Serge, couché sur la table et les pieds sur une chaise, dessinait en bavardant gaiement. La gouvernante anglaise qui avait remplacé la Française peu après la maladie d’Anna, était assise près de l’enfant, un ouvrage au crochet à la main ; aussitôt qu’elle vit entrer Karénine, elle se leva, fit une révérence, et remit Serge sur ses pieds.

Alexis Alexandrovitch caressa la tête de son fils, répondit aux questions de la gouvernante sur la