Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/80

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Kitty avant d’aller au spectacle, il vit son charmant visage baigné de larmes ; il comprit alors le mal irréparable dont il était cause et en fut épouvanté.

« Reprenez ces terribles cahiers, dit-elle, repoussant les feuilles posées sur sa table. Pourquoi me les avez-vous donnés ! Au reste, cela vaut mieux, ajouta-t-elle prise de pitié à la vue du désespoir de Levine. Mais c’est affreux, affreux ! »

Il baissa la tête, incapable d’un mot de réponse.

« Vous ne me pardonnerez pas ! murmura-t-il.

— Si, j’ai pardonné ; mais c’est affreux ! »

Cet incident n’eut cependant pas d’autre effet que d’ajouter une nuance de plus à son immense bonheur, il en comprit encore mieux le prix après ce pardon.


CHAPITRE XVII


En rentrant dans sa chambre solitaire, Alexis Alexandrovitch se rappela involontairement une à une les conversations du dîner et de la soirée ; les paroles de Dolly n’avaient réussi qu’à lui donner sur les nerfs. Appliquer les préceptes de l’Évangile à une situation comme la sienne, était chose trop difficile pour être traitée aussi légèrement ; d’ailleurs, cette question, il l’avait jugée, et jugée négativement. De tout ce qui s’était dit ce jour-là, c’était l’expression de cet honnête imbécile de Tourovtzine qui avait le plus vivement frappé son imagination.