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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/70

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sa chambre, il regardait tantôt la croix, tantôt les étoiles, s’élevant comme dans un rêve parmi les images et les souvenirs évoqués par son imagination.

Vers quatre heures du matin, des pas retentirent dans le corridor ; il entr’ouvrit sa porte et vit un joueur attardé rentrant du club. C’était un nommé Miaskine que Levine connaissait ; il marchait en toussant, sombre et renfrogné. « Pauvre malheureux ! » pensa Levine, dont les yeux se remplirent de larmes de pitié ; il voulut l’arrêter pour lui parler et le consoler, mais, se rappelant qu’il était en chemise, il retourna s’asseoir pour se baigner dans l’air glacé et regarder cette croix de forme étrange, significative pour lui dans son silence, et au-dessus d’elle la belle étoile brillante qui montait à l’horizon.

Vers sept heures, les frotteurs commencèrent à faire du bruit, les cloches sonnèrent un office matinal, et Levine sentit que le froid le gagnait. Il ferma la fenêtre, fit sa toilette et sortit.


CHAPITRE XV


Les rues étaient encore désertes lorsque Levine se trouva devant la maison Cherbatzky ; tout le monde dormait et la porte d’entrée principale était fermée. Il retourna à l’hôtel et demanda du café. Le garçon qui le lui apporta n’était plus Yégor ; Levine voulut entamer la conversation ; malheureusement,