Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/66

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Ce qui m’arrive ? le bonheur, répondit Levine en baissant la glace de la voiture. Tu permets ? J’étouffe. Pourquoi ne t’es-tu jamais marié ? »

Serge Ivanitch sourit :

« Je suis enchanté, c’est une charmante fille, commença-t-il.

— Non, ne dis rien, rien ! » s’écria Levine, le prenant par le collet de sa pelisse et lui couvrant la figure de sa fourrure. « Une charmante fille »… quelles paroles banales ! et combien peu elles répondaient à ses sentiments !

Serge Ivanitch éclata de rire, ce qui ne lui arrivait pas souvent. « Puis-je dire au moins que je suis bien content ?

— Demain, mais pas un mot de plus, rien, rien, silence. Je t’aime beaucoup… De quoi sera-t-il question aujourd’hui à la réunion ? » demanda Levine sans cesser de sourire.

Ils étaient arrivés. Pendant la séance, Levine écouta le secrétaire bégayer le protocole qu’il ne comprenait pas ; mais on lisait sur le visage de ce secrétaire que ce devait être un bon, aimable et sympathique garçon ; cela se voyait à la manière dont il bredouillait et se troublait en lisant. Puis vinrent les discours. On discutait sur la réduction de certaines sommes et sur l’installation de certains conduits. Serge Ivanitch attaqua deux membres de la commission, et prononça contre eux un discours triomphant. Après quoi un autre personnage se décida, à la suite d’un accès de timidité, à répondre en peu de mots d’une façon charmante,