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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/65

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Levine se leva et reconduisit Kitty jusqu’à la porte. Cet entretien décidait tout : Kitty avait avoué qu’elle l’aimait, et lui avait permis de venir le lendemain matin parler à ses parents.


CHAPITRE XIV


Kitty partie, Levine sentit l’inquiétude le gagner ; il eut peur, comme de la mort, des quatorze heures qui lui restaient à passer avant d’arriver à ce lendemain où il la reverrait. Pour tromper le temps, il éprouvait le besoin impérieux de ne pas rester seul, de parler à quelqu’un. Stépane Arcadiévitch, qu’il eût voulu garder, allait soi-disant dans le monde, mais en réalité au ballet. Levine ne put que lui dire qu’il était heureux, et n’oublierait jamais, jamais, ce qu’il lui devait.

« Hé quoi ? tu ne parles donc plus de mourir ? dit Oblonsky en serrant la main de son ami d’un air attendri.

— Non ! » répondit celui-ci.

Dolly aussi le félicita presque en prenant congé de lui, ce qui déplut à Levine : nul ne devait se permettre de faire allusion à son bonheur. Pour éviter la solitude, il s’accrocha à son frère.

« Où vas-tu ?

— À une séance.

— Puis-je t’accompagner ?

— Pourquoi pas, dit en souriant Serge Ivanitch. Que t’arrive-t-il aujourd’hui ?