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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/57

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« Combien je suis heureuse que vous soyez venu ! J’ai besoin de vous parler. Asseyons-nous ici. »

Alexis Alexandrovitch, conservant l’air d’indifférence que lui donnaient ses sourcils soulevés, s’assit auprès d’elle.

« D’autant plus volontiers, dit-il, que je voulais de mon côté m’excuser de devoir vous quitter ; je pars demain matin. »

Daria Alexandrovna, fermement convaincue de l’innocence d’Anna, se sentait pâlir et trembler de colère devant cet homme insensible et glacial, qui se disposait froidement à perdre son amie.

« Alexis Alexandrovitch, dit-elle, rassemblant toute sa fermeté pour le regarder bien en face avec un courage désespéré ; je vous ai demandé des nouvelles d’Anna et vous n’avez pas répondu ; que devient-elle ?

— Je pense qu’elle se porte bien, Daria Alexandrovna, répondit Karénine sans la regarder.

— Pardonnez-moi si j’insiste sans en avoir le droit, mais j’aime Anna comme une sœur ; dites-moi, je vous en conjure, ce qui se passe entre vous et elle, et ce dont vous l’accusez ! »

Karénine fronça les sourcils et baissa la tête en fermant presque les yeux :

« Votre mari vous aura communiqué, je pense, les raisons qui m’obligent à rompre avec Anna Arcadievna, dit-il en jetant un coup d’œil mécontent sur Cherbatzky, qui traversait la chambre.

— Je ne crois pas, et ne croirai jamais tout