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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/565

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« Pourquoi, si la principale preuve de l’existence de Dieu est la révélation intérieure qu’il donne à chacun de nous du bien et du mal, cette révélation serait-elle limitée à l’Église chrétienne ? Et ces millions de Bouddhistes, de Musulmans, qui cherchent également le bien ?… » La réponse à cette question devait exister, mais il ne put se la formuler avant d’entrer.

Kitty, les manches retroussées, penchée au-dessus de la baignoire où elle maintenait d’une main la tête de l’enfant tandis qu’elle l’épongeait de l’autre, se tourna vers son mari en l’entendant approcher.

« Viens vite ! Agathe Mikhaïlovna avait raison, il nous reconnaît. »

L’événement était important : pour s’en assurer complètement, on soumit Mitia à diverses épreuves ; on fit monter une cuisinière qu’il n’avait jamais vue. L’expérience fut concluante ; l’enfant refusa de regarder l’étrangère, et sourit à sa mère et à sa bonne. Levine lui-même était ravi.

« Je suis bien contente de voir que tu commences à l’aimer, dit Kitty lorsqu’elle eut bien installé son fils sur ses genoux après son bain. Je commençais à m’attrister quand tu disais que tu ne ressentais rien pour lui.

— Ce n’est pas là ce que je voulais dire, mais il m’a causé une déception.

— Comment cela ?

— Je m’attendais à ce qu’il me révélât un sentiment nouveau, et tout au contraire c’est de la