Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/549

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHAPITRE XIV


Une petite télègue apparut au loin et s’approcha du troupeau ; Levine reconnut son cocher qui parlait au berger ; bientôt il entendit le son des roues et le hennissement de son cheval, – mais, plongé dans ses méditations, il ne songea pas à se demander ce qu’on lui voulait.

« Madame m’envoie, cria le cocher de loin ; Serge Ivanitch et un monsieur étranger sont arrivés. »

Levine monta aussitôt en télègue et prit les rênes.

Longtemps, comme après un rêve, il ne put revenir à lui. Assis près du cocher, il regardait son cheval, pensait à son frère, et sa femme, que sa longue absence avait peut-être inquiétée, à l’hôte inconnu qu’on lui amenait, et se demandait si ses relations avec les siens n’allaient pas subir une modification.

« Je ne veux plus de froideur avec mon frère, plus de querelles avec Kitty, ni d’impatience avec les domestiques ; je vais être cordial pour mon nouvel hôte. »

Et, retenant son cheval qui ne demandait qu’à courir, il chercha une bonne parole à adresser à son cocher, qui se tenait immobile près de lui, ne sachant que faire de ses mains oisives.

« Veuillez prendre à gauche, il y a un tronc à