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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/547

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agissons, que j’ai agi pour ma part, en voulant pénétrer par le raisonnement les secrets de la nature et le problème de la vie humaine ? N’est-ce pas ce que font les philosophes avec leurs théories ? Ne voit-on pas clairement dans le développement de chacune d’elles le vrai sens de la vie humaine tel que l’entend Fedor le paysan ? — Elles y ramènent toutes, mais par une voie intellectuelle souvent équivoque. Qu’on laisse les enfants se procurer eux-mêmes leur subsistance, et, au lieu de faire des gamineries, ils mourront de faim… Qu’on nous laisse, nous autres, livrés à nos idées, à nos passions, sans la connaissance de notre Créateur, sans le sentiment du bien et du mal moral… Quels résultats obtiendra-t-on ? — Si nous ébranlons nos croyances, c’est parce que, pareils aux enfants, nous sommes rassasiés. Moi chrétien, élevé dans la foi, comblé des bienfaits du christianisme, vivant de ces bienfaits sans en avoir conscience, comme ces mêmes enfants j’ai cherché à détruire l’essence de ma vie… Mais à l’heure de la souffrance c’est vers Lui que j’ai crié, et je sens que mes révoltes puériles me sont pardonnées.

« Oui, la raison ne m’a rien appris ; ce que je sais m’a été donné, révélé par le cœur, et surtout par la foi dans les enseignements de l’Église…

« L’Église ? répéta Levine, se retournant et regardant au loin le troupeau qui descendait vers la rivière.

« Puis-je vraiment croire à tout ce qu’enseigne