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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/531

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Un trait de bonté de son mari lui revint vivement à la mémoire : quelques semaines auparavant, Stépane Arcadiévitch avait écrit une lettre de repentir à sa femme, la suppliant de lui sauver l’honneur en vendant sa terre de Yergoushovo pour payer ses dettes.

Dolly, tout en méprisant son mari, avait été au désespoir, et par pitié pour lui s’était décidée à se défaire d’une partie de cette terre ; Kitty se rappela l’air timide avec lequel Kostia était venu la trouver pour lui proposer un moyen d’aider Dolly sans la blesser : c’était de lui céder la part qui leur revenait de cette propriété.

« Peut-on être incrédule avec ce cœur chaud et cette crainte d’affliger même un enfant ! Jamais il ne pense qu’aux autres ; Serge Ivanitch trouve fort naturel de le considérer comme son intendant, sa sœur aussi ; Dolly et ses enfants n’ont d’autre appui que lui. Il croit même de son devoir de sacrifier son temps aux paysans qui viennent sans cesse le consulter… »

« Oui, ce que tu pourras faire de mieux sera de ressembler à ton père », murmura-t-elle en touchant de ses lèvres la joue de son fils, avant de le remettre aux mains de sa bonne.


CHAPITRE VIII


Depuis le moment où, auprès de son frère mourant, Levine avait entrevu le problème de la vie et de