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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/529

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connaîtrait bien aussi », répondit Kitty en souriant. Mais, malgré cette dénégation, elle savait, au fond de son âme, combien ce petit être comprenait de choses ignorées du reste du monde, et auxquelles sa mère n’aurait rien compris sans lui. Pour tous, surtout pour son père, Mitia était une petite créature humaine à laquelle il ne fallait que des soins physiques ; pour sa mère, c’était un être doué de facultés morales, et elle en aurait eu long à raconter sur leurs rapports de cœur.

« Vous verrez bien quand il se réveillera, insista la vieille femme.

— C’est bon, c’est bon, mais pour le moment laissez-le s’endormir. »


CHAPITRE VII


Agathe Mikhaïlovna s’éloigna sur la pointe des pieds, la bonne baissa le store, chassa les mouches cachées sous le rideau de mousseline du berceau et, armée d’une longue branche de bouleau, s’assit auprès de sa maîtresse, pour continuer à faire la guerre aux insectes.

Mitia, tout en fermant peu à peu les paupières au sein de sa mère, faisait avec son bras potelé des gestes qui troublaient Kitty, partagée entre le désir de l’embrasser et celui de le voir s’endormir.

Au-dessus de sa tête elle entendait un murmure de voix et le rire sonore de Katavasof.

« Les voilà qui s’animent, pensa-t-elle ; mais