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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/518

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cesse lui eut appris que Wronsky partait par le premier train ; une teinte de tristesse se peignit momentanément sur sa joyeuse figure ; mais il oublia vite les larmes qu’il avait versées sur le corps de sa sœur, pour ne voir en Wronsky qu’un héros et un vieil ami ; il courut le rejoindre.

« Il faut lui rendre justice malgré ses défauts, dit la princesse lorsque Stépane Arcadiévitch se fut éloigné, c’est une nature slave par excellence. Je crains cependant que le comte n’ait aucun plaisir à le voir. Quoi qu’on dise, ce malheureux Wronsky me touche ; tâchez de causer peu avec lui en voyage.

— Certainement, si j’en trouve l’occasion.

— Il ne m’a jamais plu, mais je trouve que ce qu’il fait maintenant rachète bien des torts. Vous savez qu’il emmène un escadron à ses frais ? »

La sonnette retentit et la foule se pressa vers les portes.

« Le voici », dit la princesse montrant à Kosnichef Wronsky, vêtu d’un long paletot, la tête couverte d’un chapeau à larges bords, et donnant le bras à sa mère. Oblonsky les suivait en causant avec animation ; il avait probablement signalé la présence de Kosnichef, car Wronsky se tourna du côté indiqué, et souleva silencieusement son chapeau, découvrant un front vieilli et ravagé par la douleur. Il disparut aussitôt sur le quai.

Les hourras et l’hymne national chanté en chœur retentirent jusqu’au départ du train ; un jeune volontaire, de taille élevée, aux épaules voûtées et à l’air maladif, répondait au public avec ostentation,