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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/516

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Parmi les dames munies de bouquets, il s’en trouva une qui connaissait Serge Ivanitch, et, en le voyant paraître, elle lui demanda en français s’il accompagnait des volontaires.

« Je pars pour la campagne, chez mon frère, princesse, j’ai besoin de me reposer ; mais vous, ajouta-t-il avec un léger sourire, ne quittez pas votre poste ?

— Il le faut bien. Est-il vrai, dites-moi, que nous en ayons déjà expédié huit cents ?

— Nous en avons expédié plus de mille, et nous comptons ceux qui ne sont pas directement partis de Moscou.

— Je le disais bien, s’écria la dame enchantée, et les dons ? n’est-ce pas qu’ils ont atteint presque un million ?

— Plus que cela, princesse.

— Avez-vous lu le télégramme ? on a encore battu les Turcs. À propos, savez-vous qui part aujourd’hui ? le comte Wronsky ! dit la princesse d’un air triomphant, avec un sourire significatif.

— Je l’avais entendu dire, mais je ne savais pas qu’il partait aujourd’hui.

— Je viens de l’apercevoir, il est ici avec sa mère ; au fond il ne pouvait rien faire de mieux.

— Oh ! certainement. »

Pendant cette conversation, la foule se précipitait dans la salle du buffet, où un monsieur, le verre en main, tenait aux volontaires un discours, qu’il termina en les bénissant d’une voix émue au nom de « notre mère Moscou ». La foule répondit par