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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/510

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mari ne l’en dissuadait pas et en profitait pour la tromper. Anna plongeait dans les replis les plus intimes de leurs cœurs ; mais cela manquait d’intérêt, et elle continua à réfléchir.

Elle suivit la foule en arrivant à la station, cherchant à éviter le grossier contact de ce monde bruyant, et s’attardant sur le quai pour se demander ce qu’elle allait faire. Tout lui paraissait maintenant d’une exécution difficile ; poussée, heurtée, curieusement observée, elle ne savait où se réfugier. Enfin elle eut l’idée d’arrêter un employé pour lui demander si le cocher du comte Wronsky n’était pas à la station avec un message.

« Le comte Wronsky ? tout à l’heure on est venu chercher la princesse Sarokine et sa fille. Comment est-il ce cocher ? »

Au même moment Anna vit s’avancer vers elle son envoyé, le cocher Michel, en beau caftan neuf, portant un billet avec importance, et fier d’avoir rempli sa mission.

Anna brisa le cachet, et son cœur se serra en lisant :

« Je regrette que votre billet ne m’ait pas trouvé à Moscou. Je rentrerai à dix heures.

« Wronsky. »

« C’est cela, je m’y attendais », dit-elle avec un sourire sardonique.

« Tu peux t’en retourner à la maison », dit-elle