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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/498

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hais ! pourquoi suis-je venue ici ! J’y suis plus mal encore que chez moi. » Elle entendit les voix des deux sœurs dans la pièce voisine : « Et que vais-je dire à Dolly ? réjouir Kitty du spectacle de mon malheur ? d’ailleurs Dolly ne comprendra rien… Si je tiens à voir Kitty, c’est pour lui prouver que je suis insensible à tout, que je méprise tout. »

Dolly rentra avec la lettre ; Anna la parcourut et la lui rendit.

« Je savais cela, dit-elle, et ne m’en soucie plus.

— Pourquoi ? J’ai bon espoir », fit Dolly en examinant Anna avec attention ; jamais elle ne l’avait vue dans une semblable disposition d’esprit. « Quel jour pars-tu ? »

Anna forma les yeux à demi et regarda devant elle sans répondre.

« Kitty a-t-elle peur de moi ? demanda-t-elle au bout d’un moment en jetant un coup d’œil vers la porte.

— Quelle idée ! mais elle nourrit et ne s’en tire pas encore très bien… Elle est enchantée au contraire, et va venir, répondit Dolly qui se sentait gênée de faire un mensonge. Tiens, la voilà. »

Kitty n’avait effectivement pas voulu paraître en apprenant l’arrivée d’Anna ; Dolly était cependant parvenue à la raisonner et, faisant effort sur elle-même, la jeune femme entra au salon, et en rougissant s’approcha d’Anna pour lui tendre la main.

« Je suis charmée, fit-elle d’une voix émue, »