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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/486

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viens de vendre, répondit Wronsky d’un ton qui signifiait plus clairement que des paroles : « Je n’ai pas le temps d’entamer des explications qui ne mèneraient à rien ». « Je ne suis pas coupable, pensait-il : tant pis pour elle, si elle veut se punir. » Il crut cependant en quittant la chambre qu’elle l’appelait.

« Qu’y a-t-il, Anna ? demanda-t-il.

— Rien, répondit celle-ci froidement.

— Tant pis », se dit-il encore.

En passant devant une glace il aperçut un visage si décomposé que l’idée de s’arrêter pour consoler Anna lui vint, mais trop tard, il était déjà loin. Sa journée se passa tout entière hors de la maison, et, lorsqu’il rentra, la femme de chambre lui apprit qu’Anna Arcadievna avait la migraine et priait qu’on ne la dérangeât pas.


CHAPITRE XXVI


Jamais encore une journée ne s’était écoulée sans amener une réconciliation, et cette fois leur querelle avait ressemblé à une rupture. Pour s’éloigner comme Wronsky l’avait fait, malgré l’état de désespoir auquel il l’avait vue réduite, c’est qu’il la haïssait, qu’il en aimait une autre. Les mots cruels sortis de la bouche du comte revenaient tous à la mémoire d’Anna, et dans son imagination s’aggravaient de propos grossiers dont il était incapable.