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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/479

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— Je n’ai ni l’habitude de me vanter ni celle de mentir, dit-il réprimant la colère qui grondait en lui ; et je regrette fort que tu ne respectes pas…

— Le respect a été inventé pour dissimuler l’absence de l’amour ; or, si tu ne m’aimes plus, tu ferais plus loyalement de l’avouer.

— Mais c’est intolérable ! cria presque le comte, s’approchant brusquement d’Anna ; ma patience a des bornes, pourquoi la mettre ainsi à l’épreuve ? dit-il contenant les paroles amères prêtes à lui échapper.

— Que voulez-vous dire par là ? demanda-t-elle, épouvantée du regard haineux qu’il tourna vers elle.

— C’est moi qui vous demanderai ce que vous prétendez de moi !

— Que puis-je prétendre, si ce n’est de n’être pas abandonnée comme vous avez l’intention de le faire ? Au reste, la question est secondaire. Je veux être aimée, et si vous ne m’aimez plus, tout est fini. »

Elle se dirigea vers la porte.

« Attends, dit Wronsky en la retenant par le bras : de quoi s’agit-il entre nous ? Je demande à ne partir que dans trois jours, et tu réponds à cela que je mens et que je suis un malhonnête homme.

— Oui et je le répète ; un homme qui me reproche les sacrifices qu’il m’a faits (c’était une allusion à d’anciens griefs) est plus que malhonnête, c’est un être sans cœur.