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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/478

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lontairement en voyant les yeux d’Anna fixer un regard soupçonneux sur lui, et ce trouble augmenta la méfiance de celle-ci ; elle oublia la maîtresse de natation de la reine de Suède pour ne plus s’inquiéter que de la princesse Sarokine, qui habitait aux environs de Moscou avec la vieille comtesse.

— Ne peux-tu y aller demain ?

— C’est impossible, à cause d’une procuration que je dois faire signer à ma mère, et de l’argent qu’elle doit me remettre.

— Alors nous ne partirons pas du tout.

— Pourquoi cela ?

— Dimanche ou jamais.

— Mais cela n’a pas le sens commun ! s’écria Wronsky étonné.

— Pour toi, parce que tu ne penses qu’à toi, et que tu ne veux pas comprendre ce que je souffre ici. Jane, le seul être qui m’intéressât, tu as trouvé moyen de m’accuser d’hypocrisie à son égard ! Selon toi je pose, j’affecte des sentiments qui n’ont rien de naturel. Je voudrais bien savoir ce qui pourrait être naturel dans la vie que je mène ! »

Elle eut peur de sa violence, et ne se sentait pourtant pas la force de résister à la tentation de lui prouver ses torts.

« Tu ne m’as pas compris, reprit Wronsky : j’ai voulu dire que cette tendresse subite ne me plaisait pas.

— Ce n’est pas vrai, et pour quelqu’un qui se vante de sa droiture…