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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/476

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je lui ai sacrifié en renonçant à Serge ? S’il cherche à me blesser, c’est qu’il ne m’aime plus, qu’il en aime une autre… » Mais, s’arrêtant sur cette pente fatale, elle fit effort pour sortir du cercle d’idées qui l’affolait, et donna l’ordre de monter ses malles, afin de commencer ses préparatifs de départ. Wronsky rentra à dix heures.


CHAPITRE XXIV


« Votre dîner a-t-il réussi ? demanda Anna, allant au-devant du comte d’un air conciliant.

— Comme ils réussissent d’ordinaire, répondit celui-ci, remarquant aussitôt cette disposition d’esprit favorable. Que vois-je, on emballe ! ajouta-t-il en apercevant les malles. Voilà qui est gentil !

— Oui, mieux vaut nous en aller ; la promenade que j’ai faite aujourd’hui m’a donné le désir de retourner à la campagne. D’ailleurs nous n’avons rien qui nous retienne ici.

— Je ne demande qu’à partir ; fais servir le thé pendant que je change d’habit. Je reviens à l’instant. »

L’approbation relative au départ avait été donnée d’un ton de supériorité blessant ; on aurait dit que le comte parlait à un enfant gâté dont il excusait les caprices ; le besoin de lutter se réveilla aussitôt dans le cœur d’Anna ; pourquoi se ferait-elle humble devant cette arrogance ? Elle se contint cependant, et quand il rentra, elle lui raconta avec