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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/471

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moines n’y entendent rien, mais la comtesse le sait bien… Pourquoi ai-je si mal à la tête ? Est-ce à cause du cognac ou de l’étrangeté de cette soirée ? Je n’ai rien commis d’incongru jusqu’ici, mais je n’oserai rien demander aujourd’hui. On prétend qu’elle oblige à réciter des prières, ce serait par trop ridicule. Quelles inepties lit-elle là ? Mais, elle a un accent excellent. Landau Bessoubof, pourquoi Bessoubof ? » Ici il se surprit dans la mâchoire un mouvement qui allait tourner au bâillement ; il dissimula cet accident en arrangeant ses favoris, mais fut pris de la terreur de s’endormir et peut-être de ronfler. La voix de la comtesse parvint jusqu’à lui, disant « Il dort », et il tressaillit d’un air coupable ; ces paroles se rapportaient heureusement à Landau qui dormait profondément, ce qui réjouit vivement la comtesse.

« Mon ami, dit-elle, appelant ainsi Karénine dans l’enthousiasme du moment, donnez-lui la main. Chut », fit-elle à un domestique qui entrait pour la troisième fois au salon avec un message.

Landau dormait, ou feignait de dormir, la tête appuyée au dossier de son fauteuil, et faisant de faibles gestes avec sa main posée sur ses genoux, comme s’il eût voulu attraper quelque chose. Alexis Alexandrovitch mit la main dans celle du dormeur ; Oblonsky, complètement réveillé, regardait tantôt l’un, tantôt l’autre, et sentait ses idées s’embrouiller de plus en plus.

« Que la personne qui est arrivée la dernière,