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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/468

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çant un siège à Karénine. J’ai remarqué que les Moscovites, les hommes surtout, étaient fort indifférents en matière de religion.

— J’aurais cru le contraire, comtesse.

— Mais vous-même, dit Alexis Alexandrovitch avec son sourire fatigué, vous me semblez appartenir à la catégorie des indifférents ?

— Est-il possible de l’être ! s’écria Lydie Ivanovna.

— Je suis plutôt dans l’attente, répondit Oblonsky avec son plus aimable sourire, mon heure n’est pas encore venue. »

Karénine et la comtesse se regardèrent.

« Nous ne pouvons jamais connaître notre heure, ni nous croire prêts, dit Alexis Alexandrovitch ; la grâce ne frappe pas toujours le plus digne, témoin Saül.

— Pas encore, murmura la comtesse suivant des yeux les mouvements du Français qui s’était rapproché.

— Me permettez-vous d’écouter ? demanda-t-il.

— Certainement, nous ne voulions pas vous gêner ; prenez place, dit la comtesse tendrement.

— L’essentiel est de ne pas fermer les yeux à la lumière, continua Alexis Alexandrovitch.

— Et quel bonheur n’éprouve-t-on pas à sentir sa présence constante dans notre âme !

— On peut essentiellement être incapable de s’élever à une hauteur semblable, dit Stépane Arcadiévitch, convaincu que les hauteurs religieuses n’étaient pas son fait, mais craignant d’in-