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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/459

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fant ; mais, après la conversation qu’il venait d’avoir, c’était hors de question ; il n’en fut pas moins content de revoir Serge, quoique Karénine se fût hâté de le prévenir qu’on ne lui parlait pas de sa mère.

« Il a été gravement malade après leur dernière entrevue ; nous avons craint un moment pour sa vie ; aussi, maintenant qu’il s’est remis et bien fortifié aux bains de mer, ai-je suivi le conseil du docteur en le mettant en pension. L’entourage de camarades de son âge exerce une heureuse influence sur lui, il va à merveille et travaille bien.

— Mais ce n’est plus un enfant, c’est vraiment un homme ! » s’écria Stépane Arcadiévitch, voyant entrer un beau garçon robuste, vêtu d’une veste d’écolier, qui courut sans aucune timidité vers son père ; Serge salua son oncle comme un étranger, puis en le reconnaissant il se détourna, et tendit ses notes à son père.

« C’est bien, dit celui-ci, tu peux aller jouer.

— Il a grandi et maigri et perdu son air enfantin, remarqua Stépane Arcadiévitch en souriant ; te souviens-tu de moi ?

— Oui, mon oncle », répondit l’enfant, qui se sauva le plus vite possible.

Depuis un an que Serge avait revu sa mère, ses souvenirs s’étaient peu à peu effacés, et la vie qu’il menait, entouré d’enfants de son âge, y contribuait ; il repoussait même ces souvenirs comme indignes d’un homme, et, personne ne lui parlant de sa mère, il en avait conclu que ses parents étaient brouillés,