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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/448

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« Il vit, il vit, ne craignez rien, et c’est un garçon », entendit Levine, pendant que d’une main tremblante Lisaveta Petrovna frictionnait le dos du nouveau-né.

« Maman, c’est bien vrai ? » demanda Kitty.

La princesse ne répondit que par un sanglot.

Comme pour ôter le moindre doute à sa mère, une voix s’éleva au milieu du silence général ; et cette voix était un cri tout particulier, hardi, décidé, presque impertinent, poussé par ce nouvel être humain.

Levine, quelques moments auparavant, aurait cru sans hésitation, si quelqu’un le lui eût dit, que Kitty était morte, lui aussi, que leurs enfants étaient des anges, et qu’ils se trouvaient en présence de Dieu ; et maintenant qu’il rentrait dans la réalité, il dut faire un prodigieux effort pour admettre que sa femme vivait, qu’elle allait bien, et que ce petit être était son fils. Le bonheur de savoir Kitty sauvée était immense : mais pourquoi cet enfant ? d’où venait-il ? Cette idée lui parut difficile à accepter, et il fut longtemps sans pouvoir s’y habituer.


CHAPITRE XVI


Le vieux prince, Serge Ivanitch et Stépane Arcadiévitch se trouvaient réunis le lendemain vers dix heures chez Levine pour y prendre des nouvelles de l’accouchée. Levine se croyait séparé