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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/444

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selon que sa femme se cramponnait fiévreusement à lui, ou qu’elle le repoussait avec un gémissement, les minutes lui semblaient des heures, ou les heures des minutes. Lorsque la sage-femme demanda de la lumière, il fut tout surpris de voir le soir arrivé. Comment cette journée avait-elle passé ? il n’aurait su le dire ; tantôt il s’était vu auprès de Kitty agitée et plaintive, puis calme, et presque souriante, cherchant à le rassurer ; il se trouvait ensuite auprès de la princesse, rouge d’émotion, ses boucles grises défrisées, et se mordant les lèvres pour ne pas pleurer ; il avait aussi vu Dolly, le docteur fumant de grosses cigarettes, la sage-femme avec un visage sérieux mais rassurant, le vieux prince arpentant la salle à manger d’un air sombre. Les entrées, les sorties, tout se confondait dans sa pensée ; la princesse et Dolly se trouvaient avec lui dans la chambre de Kitty, puis tout à coup ils étaient tous transportés dans un salon où une table servie faisait son apparition. On l’employait à remplir des commissions ; il déménageait avec précaution des divans, des tables, et apprenait qu’il venait de préparer son propre lit pour la nuit. On l’envoyait demander quelque chose au docteur, et celui-ci lui répondait et lui parlait des désordres impardonnables de la Douma[1] ; il se transportait chez la princesse, décrochait une image sainte dans sa chambre avec l’aide d’une vieille camériste, y brisait une petite

  1. Municipalité.