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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/442

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quirent, ouvrit alors un salon d’attente, et bientôt on entendit dans la pièce voisine le docteur tousser et répondre qu’il allait se lever. Trois minutes ne s’étaient pas écoulées que Levine, hors de lui, frappait à la porte de la chambre à coucher.

« Pierre Dmitritch, au nom du ciel, excusez-moi, mais elle souffre depuis plus de deux heures !

— Me voilà, me voilà, — répondit le docteur, et au son de sa voix Levine comprit qu’il souriait.

— Ces gens-là n’ont pas de cœur, pensa-t-il en entendant le docteur faire sa toilette : il peut tranquillement se peigner et se laver quand une question de vie ou de mort s’agite peut-être en ce moment !

— Bonjour, Constantin Dmitritch, dit le docteur en entrant paisiblement au salon ; que se passe-t-il donc ? »

Levine commença aussitôt un récit long et circonstancié, chargé d’une foule de détails inutiles, en s’interrompant à chaque instant pour presser le docteur de partir ; aussi crut-il que celui-ci se moquait de lui lorsqu’il proposa d’abord de prendre du café.

« Je vous comprends, ajouta le médecin en souriant ; mais croyez-moi, rien ne presse, et nous autres maris faisons triste figure dans ces cas-là. Le mari d’une de mes clientes se sauve d’habitude à l’écurie.

— Mais pensez-vous que cela se passe bien ?

— J’ai tout lieu de le croire.