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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/440

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Elle le regardait sans écouter et lui fit un geste de la main.

« Oui, oui, va », fit-elle. Et pendant qu’il traversait le salon il crut entendre une plainte.

« C’est elle qui gémit ! » pensa-t-il, et se prenant la tête à deux mains il se sauva en courant. « Seigneur, ayez pitié de nous, pardonnez-nous, aidez-nous ! » disait-il du fond du cœur ; et, lui, l’incrédule, ne connaissant plus ni scepticisme ni doute, invoqua Celui qui tenait en son pouvoir son âme et son amour.

Le cheval n’était pas attelé ; pour ne pas perdre de temps et occuper ses forces et son attention, il partit à pied donnant l’ordre au cocher de le suivre.

Au coin de la rue il aperçut un petit traîneau d’isvoschik arrivant au trot de son maigre cheval, et amenant Lisaveta Petrovna en manteau de velours, la tête enveloppée d’un châle.

« Dieu merci ! » murmura-t-il, apercevant avec bonheur le visage blond de la sage-femme devenu sérieux et grave. Il courut au-devant de l’isvoschik et l’arrêta.

« Pas plus de deux heures ? dit Lisaveta Petrovna ; alors ne pressez pas trop le docteur et prenez en passant de l’opium à la pharmacie.

— Vous croyez que tout se passera bien ? demanda-t-il. Que Dieu nous aide ! » Et, voyant arriver son cocher, il monta en traîneau et se rendit chez le docteur.