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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/439

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Levine sauta à bas du lit, enfila sa robe de chambre, et, toujours sans quitter sa femme des yeux, s’accabla des plus amers reproches en se rappelant la scène de la veille. Ce cher visage, ce regard, cette expression charmante qu’il aimait tant, lui apparurent sous un jour nouveau. Jamais cette âme candide et transparente ne s’était ainsi dévoilée à lui, et, désespéré de devoir s’en aller, il ne pouvait s’arracher, à la contemplation de ces traits animés d’une joyeuse résolution.

Kitty aussi le regardait ; mais tout à coup ses sourcils se plissèrent, elle attira son mari vers elle, et se serra contre sa poitrine, comme sous l’étreinte d’une vive douleur. Le premier mouvement de Levine en voyant cette souffrance muette fut encore de s’en croire coupable ; le regard plein de tendresse de Kitty le rassura ; loin de l’accuser elle semblait l’aimer davantage et, tout en gémissant, être fière de souffrir ; il sentit qu’elle atteignait à une hauteur de sentiments qu’il ne pouvait comprendre.

« Va, dit-elle un moment après, je ne souffre plus ; amène-moi Lisaveta Petrovna, j’ai déjà envoyé chez maman. » Et à son grand étonnement Levine la vit reprendre son ouvrage après avoir sonné sa femme de chambre. Il la trouva marchant et prenant des dispositions pour l’arrangement de sa chambre, lorsqu’il rentra après s’être habillé à la hâte et avoir fait atteler.

« Je vais chez le docteur, j’ai fait prévenir la sage-femme, ne faut-il rien de plus ? Ah oui, Dolly. »