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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/431

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— Dieu merci, tout s’arrangera j’espère ; mais que ceci te prouve qu’il faut se méfier des jugements téméraires. Adieu, nous allons de côtés différents. »

Levine rentra chez lui, subjugué par le charme d’Anna, cherchant à se rappeler les moindres incidents de la soirée, et persuadé qu’il comprenait cette personne supérieure.

Kousma en ouvrant la porte apprit à son maître que Catherine Alexandrovna se portait bien, et que ses sœurs venaient à peine de la quitter ; il lui remit en même temps deux lettres, et Levine les parcourut aussitôt. L’une était de son intendant, qui ne trouvait pas acheteur pour le blé à un prix convenable ; l’autre de sa sœur, qui lui reprochait de négliger son affaire de tutelle.

« Eh bien, nous vendrons au-dessous de notre prix, pensa-t-il tranchant légèrement la première question ; quant à ma sœur, elle est dans son droit en me grondant, mais le temps passe si rapidement que je n’ai pas trouvé le moyen d’aller au tribunal aujourd’hui, et j’en avais cependant l’intention. »

Il se jura d’y aller le lendemain et, se dirigeant vers la chambre de sa femme, jeta un coup d’œil rétrospectif sur sa journée : qu’avait-il fait, sinon causer, toujours causer ? Aucun des sujets abordés ne l’eût occupé à la campagne, ils ne prenaient d’importance qu’ici, et, quoique ces entretiens n’eussent rien de répréhensible, il se sentit comme un remords au fond du cœur en se rappelant son attendrissement de mauvais aloi sur Anna.

Kitty était triste et rêveuse ; le dîner des trois