Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/416

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHAPITRE VII


Levine n’avait pas remis le pied au club depuis le temps où, après avoir terminé ses études, il passa un hiver à Moscou ; mais ses souvenirs à demi effacés se réveillèrent devant le grand perron, au fond de la vaste cour circulaire, lorsqu’il vit le suisse lui ouvrir, en le saluant, la porte d’entrée et l’inviter à quitter ses galoches et sa fourrure avant de monter au premier. Comme autrefois il éprouva une espèce de bien-être auquel se joignait le sentiment de se trouver en bonne compagnie.

« Voilà longtemps que nous n’avons eu le plaisir de vous voir, dit le second suisse qui le reçut au haut de l’escalier et auquel tous les membres du club, ainsi que toute leur parenté, étaient connus. Le prince vous a inscrit hier ; Stépane Arcadiévitch n’est pas encore arrivé. »

Levine, en entrant dans la salle à manger, trouva les tables presque entièrement occupées ; parmi les convives il reconnut des figures amies : le vieux prince, Swiagesky, Serge Ivanitch, Wronsky ; et tous, jeunes et vieux, semblaient avoir déposé leurs soucis au vestiaire avec leurs fourrures, pour ne plus songer qu’à jouir des douceurs de la vie.

« Tu viens tard, dit le vieux prince, tendant la main à son gendre par-dessus l’épaule et en souriant. Comment va Kitty ? ajouta-t-il en introduisant un coin de sa serviette dans une boutonnière de son gilet.