Ouvrir le menu principal

Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/399

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


SEPTIÈME PARTIE



CHAPITRE PREMIER


Les Levine étaient à Moscou depuis deux mois, et le terme fixé par les autorités compétentes pour la délivrance de Kitty se trouvait dépassé sans que rien fît présager un dénouement prochain ; aussi commençait-on à se préoccuper dans l’entourage de la jeune femme. Tandis que Levine voyait approcher le moment fatal avec terreur, Kitty gardait tout son calme ; cet enfant qu’elle attendait existait déjà pour elle ; il manifestait même son indépendance en la faisant parfois souffrir ; mais cette douleur étrange et inconnue n’amenait qu’un sourire sur ses lèvres ; elle sentait naître en son cœur un amour nouveau. Jamais son bonheur ne lui avait paru aussi complet, jamais elle ne s’était sentie plus gâtée, plus choyée de tous les siens : pourquoi aurait-elle hâté de ses vœux la fin d’une situation qu’on savait lui rendre si douce ? Le seul côté fâcheux qu’elle cons-