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Page:Tolstoï - Anna Karénine, 1910, tome 2.djvu/394

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elle faisait des promenades avec la princesse, visitait l’hôpital, et surtout lisait. Mais le sixième jour, en voyant que Wronsky ne rentrait pas, ses forces faiblirent ; sa petite fille tomba malade sur ces entrefaites, trop légèrement pour que l’inquiétude parvînt à la distraire. D’ailleurs Anna avait beau faire, elle ne pouvait feindre pour cette enfant des sentiments qu’elle n’éprouvait pas.

Le soir du sixième jour, sa terreur d’être quittée par Wronsky devint si vive qu’elle voulut partir, mais elle se contenta du billet qu’elle envoya par un exprès. Dès le lendemain matin elle regretta ce mouvement de vivacité en recevant un mot de Wronsky qui lui expliquait son retard. Aussitôt la crainte de le revoir s’empara d’elle ; comment supporterait-elle la sévérité de son regard en apprenant que sa fille n’avait pas été sérieusement malade ? Malgré tout, son retour était un bonheur ; il regretterait peut-être sa liberté et trouverait sa chaîne pesante, mais il serait là, elle le verrait et ne le perdrait pas de vue.

Assise sous la lampe, elle lisait un livre nouveau de Taine, écoutant au dehors les rafales du vent, et tendant l’oreille ou moindre bruit pour épier l’arrivée du comte. Après s’être trompée plusieurs fois, elle entendit distinctement la voix du cocher et le roulement de la voiture sous le péristyle. La princesse Barbe, qui faisait une patience, l’entendit également. Anna se leva ; elle n’osait pas descendre comme elle l’avait fait deux fois déjà, et, rouge, confuse, inquiète de l’accueil qu’elle rece-